Mes souvenirs d'enfance

La raison pour laquelle je te partage une partie de mon vécu, c'est au cas où tu connecterais à mon histoire et que tu aurais  besoin d'aide ou que tu connaisses quelqu'un qui en aurait besoin. Je ne l'écris pas non plus pour me plaindre ou me faire plaindre. Aujourd'hui, je suis très heureuse et j'aime la vie. J'ai appris à m'aimer et à aimer mon prochain comme moi-même. Je ne suis pas parfaite, loin de là, mais aujourd'hui je suis capable d'aimer, de me laisser aimée et je me sens utile. Comme j'ai été élevé dans un foyer dysfonctionnel où une personne qui était affecté par la boisson, Al-Anon est la solution que j'ai trouvé pour m'aider à me rétablir des conséquences de cette terrible maladie qu'est l'alcoolisme. 

J'aimerais aussi ajouter que je ne veux faire aucun tort à qui que ce soit en écrivant ces lignes. Je ne dis pas tout non plus. Mon père était un alcoolique et il n'a jamais été capable de s'en sortir. Ce n'est pas de sa faute. N'oublions pas que l'alcoolisme est une maladie, un mal familial qui attaque tous les membres de la famille d'une façon ou d'une autre. J'en veux plutôt à cette maladie qui détruit tout sur son passage peut importe qui elle touche..

En résumé, voici le récit de mon véçu. Je suis la 3ième de 5 enfants. Je me souviens d’avoir été un enfant rempli de joie jusqu’à l’âge de 3. À partir de cet âge là, quelques événements ont soulevé en moi des sentiments d'inquiétude. Je me souviens de voir ma mère et une autre personne discuter à la table de la cuisine, il parlait de mon père.... de son problème de boisson et qu'il allait probablement entrer "chaud". Je sentais beaucoup d'insécurité. À l'âge de 4 ans, (j'étais le bébé durant 4 ans), ma petite sœur  est arrivée. Je me souviens que ma mère n'avait plus le temps de jouer avec moi. J'ai développé mon premier gros ressentiment à ce moment là. Suite à une promesse qu'elle m'avait faite et qu'elle n'a pas pu tenir jusqu'au bout, je m'étais dit que plus jamais je lui demanderais du temps pour moi. Ce ressentiment a détruit mes liens avec elles. Lorsque ma petite soeur a eu 2 ans, elle a fait une méningite et a dû être hospitalisé à Montréal. Ce fut un drame chez nous, car nous étions très inquièts. Quatre ans plus tard, ma mère accouchait de mon petite frère.

Je n'ai que très peu de bons souvenirs de mon père. La plupart du temps il était saoul. Il était ou au travail, (travaillant sur les quarts, ce qui voulait dire que nous devions nous taire la plus part du temps), ou il était à la taverne. J'ai des souvenirs de l'attendre sur le seuil de la porte de la taverne. Je me souviens même de l'odeur de la taverne chez Joe. Lorsqu’il était à la maison, il me semble que nous devions être invisibles et qu’il y avait beaucoup de chicanes. Croyez-moi, la police connaissait notre adresse par cœur!

Ma sœur et mon frère aînés ont 6 et 2 ans de plus que moi et ma jeune sœur et jeune frère ont 4 et 6 ans de moins que moi. Maman était toujours occupée avec sa marmaille. Suite à la déception que j'avais véçu, j'essaie de ne pas être dans ses jambes car IL ME SEMBLAIT QUE JE N’ARRIVAIS JAMAIS À LUI FAIRE PLAISIR. Je faisais des <gaffes> une après l’autre par mon comportement dérangeant, même si je me suis toujours vu comme un enfant solitaire et ISOLÉ. Lorsqu’elle m’achetait des vêtements neufs (choses très rare pour nous), je trouvais toujours le moyen de les briser soit en les tachant ou en les déchirant et Dieu sait que je ne faisais pas exprès. Et en plus, pour empirer les choses, j’ai fait pipi au lit jusqu’à l’âge de 11 ans, donc elle devait faire du lavage souvent. Je me sentais tellement honteuse. 

C'est suite à une 4ième étape approfondie (inventaire minutieux) que je me suis souvenue du fameux ressentiment et que je suis arrivée à lui pardonner car je comprenais qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Avec le temps, j'ai appris à combler mes besoins et à prendre soin de l'enfant en moi. C'est un travail à long haleine.

 

 

Harcèlement sexuel

Malgré mes 11 ans, j'ai aussi vécu à plusieurs reprises de l'harcèlement sexuel par des hommes exhibitionnistes ou d'autres qui voulaient que je pose des gestes. À plusieurs reprises, un homme avait le don de se cacher dans les buissons dans la côte Cascade et lorsque nous passions par là, souvent nous le voyons en train de s'exhiber.

Un des mes souvenirs s'est passé lorsque j'avais 6 ans. Je demeurais dans le "block à Houle" situé devant l'Église St-Pierre. Je jouais autour de cette impressionnante église mais je n'y entrais jamais car je n'y avais pas le droit. Comme j'allais à l'école St-Patrick (St-Pat's), nous allions à l'église Immaculate Heart of Mary, sur la rue de la Station en bas de la côte Maple (d'Érables). Un beau jour, un homme m'a invité à aller dans l'église. J'avais beau lui dire que je n'avais pas le droit car je n'avais pas encore fait le sacrement du pardon et de la petite communion. Il a réussi à me convaincre d'aller dans l'église pratiquer pour ce grand événement. Donc, en toute confiance et pieusement, je me suis installée dans le confessionnal; il faisait tellement noir, et j'avais fermé mes yeux et je me suis mise à faire ma prière. Tout à coup, il me dit "goutte à cela". J'ai dit: "J'ai ouvert mes yeux et je lui ai dit "Bien non, on a pas le droit de manger dans une église". Il a
dit, avec colère, "awoye goutte". Alors, j'ai goûté et j'ai trouvé cela méchant et j'ai vu qu'il avait mis son pénis contre le grillage. Il m'a dit "Va t'en chez vous". Je suis partie en courant et je l'ai dit à ma mère. Elle a dit "On va attendre que ton père arrive et on verra se qu'on fera". Il m'a amené voir le curé. J'ai raconté mon histoire, et le curé m'a dit que je n'avais pas le droit d'aller dans l'église et que comme punition je devais récité trois (3) Je vous salut Marie. J'ai dit, "Je n'ai rien fait de mal moi, je voulais me pratiquer pour ma petite communion. Alors, il a dit, tu les réciteras pour cette homme. Naïvement, j'ai dit, je ne connais pas ces prières en français, il a dit, dit les en anglais, bien évidement. Je suis contente de ne pas être resté avec l'impression que j'avais fait quelque chose de mal. Je voulais être parfaite et pure pour ma petite communion. Tellement, que lors de ma petite communion je suis tombée dans les pommes. On n'avait pas le droit de manger avant de communier dans ce temps là.

Vers l'âge de 8 ans, j'ai aussi vécu de l'inceste par un oncle qui est aujourd'hui décédé. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment on pouvait laisser un enfant seul en sa présence, sachant qu'il avait le réputation d'être un "mon oncle cochon". Il y avait une grosse fête et tout le monde s'approchait de la cuisine. J'étais assis sur ses genou dans le salon. Il a commencé à me tripotter. Oh non, il ne m'a pas violé mais la violence avec laquelle il m'a obligé à rester assise sur lui pendant qu'il frottait mes seins (j'en avait pas, je n'avais que huit ans) m'a profondément marquée. J'avais beau me débattre, il me serrait encore plus fort. J'étais terrorisée et ne savait pas quoi faire pour me sauver de lui. J'avais tellement honte que je n'en ai pas parlé à personne. Par la suite, j'ai toujours eu peur d'aller chez lui. Il y a quelques années, j'en ai glissé un mot avec des cousines qui m'ont admis être au courant qu'il était connu comme étant un "mon oncle cochon". Chose certaine c'est que l'autorité qu'il a exercé sur moi a fait que j'ai toujours resté avec une certaine peur et que ça été long avant que j'apprenne à me défendre.

Et une autre fois, un homme voulait que je l'aide à trouver une balle de base-ball au Cascade-Inn (hôtel situé à côté de chez nous et endroit où nous allons jouer à "Madame") C'était un si bel endroit, entouré d'arbres et de jardins de fleurs. Avant de dire oui à ce monsieur, j'ai demandé la permission à mon père. Il a dit, bien oui, pour rendre service. Je suis allée avec cet étranger et j'ai cherché sa fameuse balle. Découragée, je lui ai dit, comment ça se fait que votre fils ne cherche pas la balle avec nous et comment a-t-il fait pour l'envoyé ici. Il a dit, nous étions en bas de la côte et il a frappé très fort avec son bâton de baseball. Finalement, le monsieur a dit, "je vais allé faire pipi". Pendant ce temps, j'ai continué à chercher la balle. En revenant, il voulait que je le "suce" pour 25¢. J'ai partie à courir en toute vitesse et je ne l'ai dit à personne. J'ai appris à me méfier des ces hommes qui ne cherchent qu'à combler leurs besoins dénaturés.

Un autre fois, j'étais en foyer nourricier. Un matin, le "mon oncle" (nous les appelions comme cela en foyer nourricier), est entré dans ma chambre pour me réveillé pour aller à l'école. Je me suis assise dans mon lit et en ouvrant mes yeux j'ai vu que son pénis était sorti de son pyjama et qu'il était "bandé bien dure". Je me suis recouchée dans mon lit et j'ai mis les couvertures par dessus ma tête et j'ai prié afin qu'il ne m'approche pas. Je n'en ai jamais parlé et peu de temps après, j'ai quitté ce foyer. Pourquoi ne pas en parler ??? J'avais trop peur ! Peur de quoi, je ne sais pas. Même si je savais qu'il avait tort, je me sentais coupable. J'avais peur de l'inconnu, peur d'être pris à défaut, même si je savais que je n'avais rien fait de mal.

D'autres fois, on essayait de me coincer dans un coin. La dernière fois où j'ai vécu de l'harcèlement sexuel, j'ai prié afin que mon Dieu d'amour me protège et que ça ne m'arrive plus jamais. Cela ne m'est jamais plus arrivé. Plus tard, j'avais dit à cette personne, ne touche jamais à mais fille sinon tu vas avoir affaire à moi. Il m'a promis que jamais il ne lui ferait de mal. J'ai tout fait pour ne pas laisser Caro seule en sa présence. Elle m'a confirmé qu'il ne lui avait jamais touché. J'pense que je l'aurais tué.

Malgré tout, je me considère chanceuse de ne pas avoir resté avec des blessures irréparables dans mon cœur. Pour moi la sexualité est un cadeau de Dieu. J'ai toujours vu ces gens comme des êtres très malades. Il est certain que je n'approuverai jamais qu'une personne pose des gestes incestueux à des enfants. Ça ne passe pas.

Je n'avais pas beaucoup d'ami(e)s intimes. Y'en a qu'une qui pouvait venir à la maison car je savais qu'elle ne me jugerait pas. J'allais plutôt jouer ailleurs que chez moi. La plupart du temps je jouais dans la "ratapatte", une coulé situé à l'arrière de chez nous. Si j'ai passé des heures à jouer dans les arbres immenses et avec les vers de terre! J'aimais tellement cet environnement.

Une autre chose qui ne m’a pas aidée c'est que je n’apprenais pas vite. J'ai commencé ma première année à 5 ans et dans une école anglaise. Je ne comprenais que la moitié de ce qui se passait. J'aimais regarder par la fenêtre et j'avais hâte d'aller jouer dehors. J'enviais beaucoup les autres enfants qui avaient de la facilité et qui participaient. Je me sentais tellement inadéquate que je me rejetais toute seule. Par contre, je tenais à ce que mon univers soit parfait. Je pouvais jouer des heures et des heures toute seule dans le sable à faire des chemins et des maisonnettes, tout était toujours très bien nettoyé. Lorsque je faisais du coloriage, il devait toujours être beau. Je me souviens même d'avoir troqué un sens bon que je trouvais puant pour des supers belles craies de couleurs vives en cires. Comme j'aimais beaucoup coudre, je prenais des veilles guenilles et je faisais du linge pour mes poupées. Une autre de mes qualités était que j’étais très sensible à ce que les gens vivaient autour de moi et je n’aimais pas cela lorsque les élèves dans ma classe ridiculisaient les autres.

Ma mère a toujours essayé de nous protéger du mieux qu’elle le pouvait. Je me souviens d'un événement où mon père était très saoul, il y a eu une grosse bagarre à la maison. J'avais environ 8 ans. Il était très fâché et avait frappé maman. Tout à coup le téléphone a sonné, il a tiré tellement fort sur le fil que ce dernier s’est arraché du mur,  Il était certain que l'un de nous avait appelé la police. J’avais regardé cette scène et je m’étais dit : <JAMAIS JE MARIERAIS UN ALCOOLIQUE> et que je n’endurerais jamais une vie semblable. En passant, lorsque j'entend la chanson de Nicolas Chicoiné, "Chanson pour Marie", ces souvenirs reviennent à ma mémoire. Je ne comprenais pas pourquoi elle (maman) acceptait de vivre avec lui. Je voulais qu’elle le JETTE à la porte, qu’elle le quitte et je croyais qu’on s’arrangerait sans lui. Bien sur, c’était mon point de vue et je ne réalisais pas que dans ces années là (1964, les temps étaient plus difficiles, surtout ayant 5 enfants et étant si malade). Maman répétait toujours, <votre père est un homme malade, il est alcoolique>. Enfin, Maman est décédée à l’âge de 44 ans du cancer. Elle s'était fait enlevé un sein et un an plus tard, le 30 septembre 1966, elle est décédée.

 








 

 




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